Aix-la-Chapelle : Thermes, Marchés et Vie de Quartier

En mai 2023, six ans après ma première visite à Aachen, je revins dans la ville pour un séjour de quatre jours. La première fois, j’avais visité la cathédrale et trouvé l’atelier de Peter le mécanicien de Coccinelle. Cette fois, mon objectif était différent : comprendre comment la ville fonctionnait en dehors de son héritage carolingien, découvrir ses quartiers résidentiels, ses commerces alimentaires et ses pratiques thermales.

J’arrivai un jeudi après-midi par la route depuis Liège, en suivant la E40 jusqu’à l’échangeur d’Aachen-Zentrum, puis en entrant dans la ville par le Ponttor, l’une des deux portes médiévales qui subsistent dans l’enceinte du XIVe siècle. Le Ponttor donne accès au quartier de Marschiertor, qui est aussi le nom de la deuxième porte conservée, à cinq cents mètres de là. Ces deux portes encadrent l’entrée sud du centre historique et constituent le cadre architectural le plus cohérent que j’aie trouvé pour comprendre l’étendue de la ville médiévale.

Le marché alimentaire hebdomadaire se tenait le vendredi matin devant le Ponttor. J’y arrivai à huit heures, avant l’afflux des clients de la matinée. Le marché était organisé sur une centaine de mètres, avec des producteurs régionaux dont une partie venait de Belgique — la frontière est à vingt-cinq kilomètres — et une partie du Eifel, le massif ardennais allemand à l’est d’Aachen. Les fromages, les viandes fumées et les légumes de saison dominaient les étals. Je m’arrêtai chez un boucher qui proposait des pièces d’agneau des Ardennes, et nous eûmes une conversation en allemand mêlé d’anglais sur les différences entre les races ovines locales.

J’ai noté dans mon carnet de terrain que les marchés alimentaires sont le meilleur indicateur du niveau de production agricole régionale dans une ville donnée. À Aachen, la présence de plusieurs producteurs belges confirmait ce que j’avais lu sur les échanges économiques transfrontaliers dans la région d’Euregio Maas-Rhin, un territoire qui chevauche trois pays depuis les accords de 1976. Cette géographie transfrontalière se manifeste dans les étalages du marché aussi clairement que dans les traités administratifs.

Les Carolus Thermen sont les établissements thermaux publics d’Aachen, ouverts en 2001 dans un bâtiment contemporain situé à quelques centaines de mètres du Dom. Ils exploitent les sources d’eau sulfureuse qui ont donné à la ville son nom latin — Aquae Granni — et sa réputation thermale depuis l’époque romaine. L’eau sort du sol à environ 74 degrés et est refroidie à des températures utilisables dans les piscines et bains.

J’y passai deux après-midis consécutifs. Les installations comprennent plusieurs piscines intérieures et extérieures à différentes températures, des saunas, des bains à remous et une zone de soins. Le public était mixte — des habitants du quartier, des travailleurs en fin de journée, quelques touristes. La piscine extérieure chauffée, accessible même par temps de pluie, offre une vue sur les toits de la vieille ville et sur la flèche de la cathédrale. C’est une de ces configurations spatiales qui rendent un séjour mémorable de façon inattendue.

Les quartiers résidentiels qui entourent le centre historique à l’est et au nord — Burtscheid et Laurensberg — valent un détour à pied ou à vélo. Burtscheid était une commune indépendante jusqu’en 1897, et son centre autour de l’ancienne abbaye bénédictine a conservé une échelle de quartier que le centre-ville commercial d’Aachen a perdue. On y trouve une pharmacie centenaire, plusieurs artisans de quartier, et une boulangerie qui propose encore du pain de seigle ardennais en commande.

Je revins voir Peter dans son atelier le troisième jour. Il avait terminé la restauration de la Coccinelle 1967 que je lui avais vue en 2017. Elle était exposée dans un coin de l’atelier, son rouge cerise d’origine retrouvé. Il avait passé en tout six cent quatre-vingt-dix heures de travail. L’acheteur était un collectionneur de Cologne qui en avait commandé la restauration pour en faire son véhicule quotidien sur les routes campagnardes de la région. Cette forme de continuité — retrouver un artisan et voir l’œuvre terminée six ans après — est l’un des plaisirs les plus particuliers des voyages répétés dans les mêmes villes.

Aachen est une ville qui révèle peu à peu ce qu’elle a à offrir. La cathédrale s’impose immédiatement, mais les couches successives — le marché, les thermes, les artisans de quartier, la géographie transfrontalière — demandent du temps et des retours. Je ne l’avais pas compris lors de ma première visite en 2017. Je commence à le comprendre maintenant. Et c’est ainsi que j’ai compris l’importance de documenter ces mondes qui disparaissent.