En novembre 2019, je m’arrêtai trois jours à Avignon lors d’un trajet en voiture entre Ajaccio — où j’avais pris le ferry — et Lyon où je me rendais pour un salon de livres anciens. J’avais traversé Avignon plusieurs fois depuis les années 1970, toujours en été, toujours en transit. Cette fois, j’avais délibérément choisi novembre et j’avais réservé un hôtel dans le centre intra-muros pour m’y attarder sérieusement.
Avignon est connue comme la « cité des Papes » en raison de la période de 1309 à 1377 durant laquelle sept papes successifs résidèrent dans la ville, puis des antipapes qui y restèrent jusqu’en 1403. Cette période a laissé le Palais des Papes, un complexe de bâtiments gothiques commencé en 1335 sous le pape Benoît XII et considérablement agrandi sous Clément VI entre 1342 et 1352. C’est l’édifice gothique le plus grand d’Europe, une donnée qui ne se comprend vraiment que lorsqu’on se tient dans la cour du Palais Vieux par une matinée de novembre sans visiteurs.
J’y allai le premier matin, à l’ouverture à neuf heures. Il y avait quatre autres visiteurs dans les salles que je parcourais. La Chambre du Cerf, ornée de fresques de chasse attribuées à des peintres flamands du XIVe siècle, était parfaitement silencieuse. La Grande Salle des Festins, longue de quarante-cinq mètres, n’avait rien à envier aux grandes nefs de cathédrales. Cette visite hors saison confirmait ce que j’avais appris lors de plusieurs décennies de voyages : les monuments historiques européens les plus impressionnants se découvrent hors des périodes de haute fréquentation, même si cela demande d’adapter ses dates de déplacement.
J’ai noté dans mon carnet de terrain plusieurs quartiers d’Avignon que les guides touristiques signalent rarement. Le premier est le quartier de la Balance, immédiatement à l’ouest du Palais des Papes, qui a été largement rénové dans les années 1970 et 1980 mais qui conserve quelques rues à gabarit médiéval et une place centrale calme. Le deuxième est le quartier des Carmes, au nord-est du centre, où les marchés alimentaires permanents fonctionnaient encore à l’époque selon un rythme qui échappait au tourisme.
C’est dans le quartier des Carmes que je trouvai la boucherie de Fernand, un homme de soixante-deux ans qui travaillait dans le même local depuis 1988. Sa spécialité était la viande charolaise, qu’il commandait directement à un éleveur en Saône-et-Loire avec qui il travaillait depuis vingt-cinq ans. « Je n’achète pas à un grossiste depuis 1995. Si je ne connais pas l’éleveur, je ne vends pas la viande. » Cette position, qui semblait évidente à l’époque, est devenue rare dans la boucherie urbaine contemporaine.
Je lui achetai un rôti de côte de bœuf charolaise pour le déjeuner du lendemain, que je cuisai dans la kitchenette de ma chambre d’hôtel — un équipement que j’avais spécifiquement demandé lors de la réservation. La cuisson au four à 180 degrés pendant une heure et quart, avec un jus de veau préparé la veille dans une casserole, donnait une viande rosée au centre et une croûte extérieure avec la légère amertume des sucs caramélisés qui me plaît particulièrement. Le coût total pour deux personnes — l’hôtel avait un autre voyageur de passage que j’invitai — était inférieur à ce qu’aurait coûté un repas de qualité équivalente dans un restaurant du centre.
Le Pont Saint-Bénézet, connu sous le nom de Pont d’Avignon dans la chanson éponyme, mérite quelques lignes honnêtes. Les quatre arches restantes sur les vingt-deux d’origine s’arrêtent au milieu du Rhône, sans atteindre l’autre rive. L’accès est payant. La vue depuis le pont sur le Palais des Papes et le rocher des Doms est belle, notamment en lumière de fin de journée. Ce n’est pas le monument le plus intéressant de la ville, mais c’est celui que tous les visiteurs photographient d’abord, de loin, depuis le bord opposé du Rhône.
Le troisième jour, je consacrai la matinée à la collection du Musée du Petit Palais, un bâtiment du XIVe siècle qui abrite une collection de peintures italiennes primitives du XIIIe au XVIe siècle, principalement des tableaux florentins et vénitiens. La qualité de certaines œuvres est surprenante pour un musée régional — notamment une Vierge à l’Enfant attribuée à Botticelli et plusieurs polyptiques siennois qui résisteraient à la comparaison avec des œuvres exposées dans des institutions plus célèbres.
Je repris la route vers Lyon en fin d’après-midi du troisième jour. La nationale 7 au nord d’Avignon, que j’avais choisi de prendre plutôt que l’autoroute A7, longe le Rhône sur plusieurs kilomètres avant de monter vers Bollène. C’est une route que j’avais parcourue pour la première fois en 1973, en sens inverse, avec mon père. Ce type de répétition géographique — retrouver une route connue à cinquante ans de distance — est l’une des formes de voyage que je pratique de plus en plus fréquemment. C’est une leçon que les routes secondaires m’ont enseignée.