Bagni di San Filippo : Sources Thermales en Toscane

En novembre 2021, je m’arrêtai dans le hameau de Bagni di San Filippo, dans le Val d’Orcia, par un hasard mécanique que j’ai appris à accueillir comme un don. La Citroën Ami 8 que j’utilisais pour ce voyage toscan avait développé un bruit de courroie de distribution que je ne voulais pas ignorer plus longtemps. Je trouvai un mécanicien à Castiglione d’Orcia, un certain Giorgio, dont l’atelier sentait le WD-40 et la résine de pin, et il me demanda de revenir en fin d’après-midi. J’avais trois heures devant moi.

Le village de Bagni di San Filippo est situé dans la commune de Castiglione d’Orcia, à environ vingt kilomètres au nord-est de Piancastagnaio, sur la route provinciale 9. C’est un hameau de moins de cent habitants dont la réputation repose entièrement sur ses sources d’eau chaude naturelle, connues depuis l’époque romaine et documentées dans les chroniques médiévales sous le nom de Fontes Thermae Sancti Philippi.

Les sources se trouvent à environ cinq cents mètres du centre du hameau, accessibles par un chemin forestier non goudronné. À cette saison, le sol était couvert de feuilles de chêne mouillées, et les châtaigniers alignés de part et d’autre du chemin formaient une voûte naturelle. La température extérieure était de onze degrés. La vapeur d’eau qui montait du chemin indiquait que les sources n’étaient pas loin.

Les bassins naturels de Bagni di San Filippo sont formés par des dépôts de travertin blanc — une roche calcaire précipitée par l’eau chaude chargée de carbonate de calcium. L’aspect est saisissant : des cascades figées d’un blanc laiteux, des cuvettes naturelles à différentes températures, des formations qui évoquent à la fois les fontaines pétrofiées et les glaciers. La température de l’eau varie selon les bassins, de trente-sept à quarante-deux degrés Celsius.

Ce qui distingue Bagni di San Filippo d’autres sites thermaux italiens que j’avais visités — Saturnia, Terme di Petriolo, Bagno Vignoni — c’est que l’accès aux sources naturelles en plein air est gratuit et sans réservation. Il n’existe pas de barrière, pas de caissier, pas d’horaire officiel affiché. On arrive, on se déshabille sur les rochers, on entre dans l’eau. Ce modèle existe depuis l’époque romaine et persiste grâce à la propriété communale du terrain.

J’ai noté dans mon carnet de terrain que la fréquentation est très variable selon la saison et le jour. Un novembre en semaine, j’y trouvai neuf personnes : deux couples de retraités italiens, une famille allemande avec deux enfants, et une femme seule qui lisait en restant dans l’eau jusqu’au cou. En juillet ou en août, les mêmes bassins peuvent accueillir plusieurs centaines de visiteurs simultanément, ce qui transforme l’expérience de façon radicale.

L’un des retraités italiens, un homme de soixante-dix ans prénommé Sergio, qui venait de Grosseto, m’expliqua que sa famille fréquentait ce site depuis les années 1950. Son père, ouvrier agricole dans la région, y amenait ses enfants le dimanche en été. « À l’époque, il n’y avait pas d’autres vacances. » Il me montra comment reconnaître les bassins dont la température est la plus stable — les plus profonds, entourés de formations de travertin les plus récentes.

Les formations de travertin méritent une attention particulière. Le Balena Bianca — la baleine blanche — est la formation la plus photographiée du site, une accumulation de travertin qui évoque la forme d’un grand mammifère marin échoué. La Cascata di Travertino, en contrebas, est moins spectaculaire visuellement mais plus accessible et plus chaude. Les deux se trouvent à moins de cinq cents mètres du chemin d’accès principal.

Pour les questions pratiques : il n’existe pas de vestiaires ni de douches sur le site naturel. On se change sur les rochers, ce qui suppose quelques précautions évidentes selon la saison. L’eau contient des minéraux qui peuvent tacher les vêtements de bain si on les laisse dans l’eau trop longtemps. Les sandales ou chaussures de sport aquatiques sont utiles pour marcher sur les formations de travertin, dont certaines arêtes sont tranchantes.

Il existe également un établissement thermal géré par une entreprise privée, San Filippo Terme, situé à proximité immédiate des sources naturelles. Cet établissement propose des piscines chauffées, des soins et des installations classiques à des tarifs comparables à d’autres thermes italiens. Je ne l’ai pas testé, mais Sergio m’indiqua que sa qualité avait varié selon les gestionnaires successifs depuis les années 1980.

Giorgio remit la Citroën en état pour un prix raisonnable — la courroie de distribution avait effectivement besoin d’être remplacée, et il avait aussi remarqué une usure prématurée sur l’un des supports moteur. Il m’expliqua la réparation avec le sérieux d’un homme qui a passé quarante ans à entretenir les véhicules des paysans du Val d’Orcia, des machines qui devaient fonctionner coûte que coûte.

Je quittai Bagni di San Filippo en fin d’après-midi, la Citroën silencieuse et les bras détendus par une heure dans l’eau à quarante degrés. C’est une leçon que les routes secondaires m’ont enseignée : les meilleures découvertes sont souvent une conséquence de ce qui semblait être un contretemps.