En juin 2020, mon médecin traitant d’Ajaccio me prescrivit une cure thermale de trois semaines pour des douleurs articulaires récurrentes. Il me proposa trois établissements agréés en France : Dax, Bagnères-de-Bigorre, et Cambo-les-Bains. J’avais déjà fait escale à Cambo lors d’un voyage en 1996, je connaissais la ville et le caractère particulier de cette enclave basque dans les contreforts pyrénéens. Mon choix fut rapide.
Cambo-les-Bains est une commune de 7 500 habitants dans le Pays Basque intérieur, située sur la Nive à une vingtaine de kilomètres de Bayonne et à trente-cinq kilomètres de la frontière espagnole. La ville est connue pour deux choses : sa station thermale, active depuis 1812, et la Villa Arnaga, demeure d’Edmond Rostand où l’auteur de Cyrano de Bergerac écrivit ses dernières œuvres. Ce double héritage — thérapeutique et littéraire — donne à la ville un caractère singulier.
Les thermes de Cambo-les-Bains sont spécialisés dans les affections des voies respiratoires, ORL et dermatologiques. Les eaux utilisées sont des eaux chlorurées sodiques hyperthermes dont les propriétés thérapeutiques ont été reconnues par l’Académie de Médecine depuis le XIXe siècle. La cure conventionnelle dure vingt et un jours, à raison de deux séances quotidiennes en semaine.
Le mécanisme de prise en charge financière mérite d’être détaillé car il est souvent mal compris. Pour une cure thermale prescrite par un médecin, la CPAM prend en charge 65 % des forfaits de surveillance médicale et 65 % du forfait de soins thermal. Le complément est assuré par la mutuelle complémentaire si le contrat le prévoit. Les frais d’hébergement et de transport sont partiellement remboursables selon des conditions spécifiques. Au total, ma cure de trois semaines me revint à environ 450 euros nets après remboursements, hébergement non compris.
J’ai noté dans mon carnet de terrain les protocoles quotidiens auxquels j’étais soumis. La journée type commençait à sept heures quarante-cinq par un bain thermal de vingt minutes dans une baignoire individuelle. Venait ensuite l’inhalation — vingt minutes dans une cabine qui diffuse l’eau thermale en microbilles. L’après-midi : douche à jet pulsé dirigée par un soignant sur les zones à traiter, puis une séance de balnéothérapie en piscine collective.
Le personnel soignant mérite une mention particulière. L’établissement employait en 2020 une cinquantaine de personnes formées aux pratiques thermales, dont une majorité recrutée localement. Ma référente, Maïder, une Basque de quarante ans qui travaillait aux thermes depuis quinze ans, connaissait les protocoles avec une précision qui forçait le respect. Elle m’expliqua que l’eau thermale de Cambo ne se conserve pas — elle perd ses propriétés actives en quelques heures hors de la source, ce qui rend impossible toute thérapie à distance.
Le centre thermal lui-même est un bâtiment en grande partie rénové dans les années 2000, avec des installations modernes contrastant avec l’architecture Belle Époque de la façade extérieure. Les vestiaires sont propres, les circulations bien pensées pour éviter les croisements entre curistes en tenue de bain et visiteurs extérieurs. Le seul point de friction est la file d’attente en début de journée, qui peut allonger l’horaire de quinze à vingt minutes.
En dehors des séances thermales, Cambo-les-Bains offre une qualité de vie quotidienne que j’ai appréciée au-delà de mes attentes. La Basse-Ville, le long de la Nive, concentre les commerces alimentaires et les restaurants. J’y découvris une charcuterie tenue par un artisan basque, Antton Ainciburu, qui proposait des spécialités locales — axoa de veau, ttoro, jambon de Bayonne affiné deux ans — d’une qualité que je n’aurais pas trouvée dans les circuits touristiques habituels. Je passai chez lui presque chaque matin avant mes séances.
La Villa Arnaga, accessible à pied depuis le centre en vingt minutes, m’occupa deux après-midis. Les jardins à la française conçus par Rostand lui-même méritent la visite pour leur organisation géométrique, une démonstration d’horticulture formelle dans un cadre pyrénéen. La demeure intérieure a été conservée dans son état d’origine, avec les manuscrits et la bibliothèque de l’auteur. C’est un musée bien géré, sans prétention muséographique excessive.
Les cures thermales imposent un rythme que la vie quotidienne ne propose jamais : les séances fixes organisent les matinées, et les après-midis libres créent un espace de désœuvrement productif qui m’est inhabituel. J’utilisai ce temps pour terminer deux carnets de terrain que j’avais commencés l’année précédente et qui attendaient leur rédaction finale depuis le printemps 2019.
Je repartis de Cambo après vingt et un jours avec des articulations effectivement soulagées — un résultat que mon médecin attribua à l’effet combiné des soins thermaux et du repos, difficile à dissocier. Ce que je retins surtout de ce séjour, c’est l’organisation de la vie thermale elle-même : un rythme ancré dans les heures fixes des séances, une sociabilité entre curistes qui se recroiseraient à l’identique les années suivantes. Voilà pourquoi j’envisage d’y retourner, un peu plus curieux qu’avant.