Billet Tunnel sous la Manche : Ce que j’ai appris en 2024

En octobre 2024, j’ai emprunté pour la première fois le tunnel sous la Manche avec ma Peugeot 404 coupé de 1967. J’avais résisté pendant vingt-cinq ans à cette idée, pour des raisons que je n’aurais pas su défendre rationnellement — une préférence pour les traversées en ferry qui correspondent davantage à ma façon de voyager. Mais un ami collectionneur basé à Brighton m’avait proposé une vente privée de pièces détachées pour une Citroën DS de 1964, et les horaires de ferry ne correspondaient pas à mes contraintes ce week-end-là.

L’achat d’un billet tunnel sous la Manche pour une voiture se fait principalement via Le Shuttle, le service de transport ferroviaire de véhicules exploité par Eurotunnel entre Folkestone et Coquelles, à deux kilomètres de Calais. Le trajet proprement dit, de terminal à terminal, dure environ trente-cinq minutes. Ce chiffre ne comprend pas les temps d’attente, d’enregistrement et d’embarquement, qui peuvent doubler ou tripler la durée totale selon l’affluence.

J’avais réservé en ligne environ trois semaines avant le départ. Le tarif dépend de plusieurs paramètres : la date et l’heure du trajet, le type de véhicule, et le délai de réservation. Pour un aller simple en voiture standard, les prix varient considérablement — de moins de cinquante euros en basse saison sur des créneaux peu demandés à plus de deux cents euros sur les périodes de pointe estivales. J’avais obtenu un tarif de quatre-vingt-sept euros pour l’aller depuis Coquelles, un dimanche matin de mi-octobre.

La question de la voiture ancienne m’avait préoccupé. La Peugeot 404 est un véhicule de cinquante-sept ans, et je ne savais pas si les opérateurs imposaient des restrictions sur l’âge du véhicule ou sur les émissions. Après vérification, Le Shuttle n’impose pas de restrictions liées à l’âge du véhicule ni aux normes d’émission, contrairement à certains centres-villes britanniques. Le seul critère est la hauteur maximale du véhicule, fixée à 1 mètre 85 pour les wagons standards. La 404 coupé mesure 1 mètre 38 — elle entre sans difficultés.

L’enregistrement à Coquelles se fait par voie de péage automatique, similaire aux autoroutes. Un agent de la sécurité vérifie les documents d’identité et le ticket de réservation. Pour les ressortissants français se rendant au Royaume-Uni, une carte d’identité nationale suffit depuis les accords post-Brexit, bien que certains agents recommandent d’avoir le passeport par précaution. J’avais les deux.

J’ai noté dans mon carnet de terrain que la procédure d’embarquement réel, une fois le contrôle documentaire passé, est plus longue que ce que les sites officiels laissent entendre. On attend d’abord dans une file de véhicules, puis on progresse vers une zone de pré-embarquement, et enfin on monte dans le wagon lors d’un signal sonore. Ce jour-là, j’ai attendu quarante-cinq minutes entre l’enregistrement et l’entrée dans le wagon. Ce délai n’est pas exceptionnel — un agent m’a expliqué que les dimanches matin d’octobre voient transiter une proportion élevée de voyageurs britanniques revenant de week-ends en France.

L’intérieur des wagons est une révélation pour qui s’attend à quelque chose d’industriel. La structure est claire, bien éclairée, et chaque véhicule est garé roues vers le bas sur un plancher en acier strié. On reste dans sa voiture ou on peut circuler entre les véhicules dans les allées latérales. Il n’y a pas de hublots, ce qui est logique compte tenu de la profondeur du tunnel. Un couloir central avec des sièges et des toilettes est accessible lors du trajet.

Le trajet de trente-cinq minutes dans le tunnel lui-même est d’une banalité surprenante. Le wagon vibre légèrement, comme dans tout train à grande vitesse, et le bruit de fond est similaire à celui d’un train de marchandises roulant à vitesse modérée. On n’a aucun repère de progression sous la Manche. J’ai passé ce temps à réviser mentalement la liste des pièces à examiner chez mon ami à Brighton.

À Folkestone, la sortie se fait par des rampes spiralées menant directement à la M20. La transition entre la conduite à droite en France et la conduite à gauche au Royaume-Uni se fait dans l’enceinte même du terminal, ce qui est bien conçu pour les conducteurs moins habitués. Pour la 404, dont la colonne de direction est à gauche, la conduite à gauche en Grande-Bretagne demande une attention soutenue pendant les premières heures.

Mon ami de Brighton, Robert, un ancien mécanicien de la Marine Nationale reconverti dans la restauration de Citroën, m’attendait avec un lot de joints et de supports de cardan que je cherchais depuis deux ans. Il m’offrit le thé avec du lait, que j’acceptai avec la politesse que la situation méritait. Nous passâmes l’après-midi à examiner les pièces sur son établi, et je repris la route vers le terminal en fin d’après-midi.

Ce que j’ai appris de ce premier billet tunnel sous la Manche : le trajet lui-même est sans intérêt géographique, mais la procédure est bien rodée. Pour un voyageur qui a besoin de passer vite, c’est efficace. Pour qui préfère la traversée en tant qu’expérience — voir la mer, sentir le vent, regarder les falaises de Douvres — le ferry reste supérieur. C’est une question de ce qu’on cherche dans un voyage. Voilà pourquoi je reviendrai par ferry la prochaine fois.